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De rockstar à tueur: le cas Cantat

durée 1 avril 2025 | 20h16
François Drouin
duréeTemps de lecture 4 minutes
Par
François Drouin

C'est le docu dont tout le monde parle. J’ai regardé lundi soir «De rockstar à tueur: le cas Cantat», le documentaire est disponible sur Netflix depuis la fin mars. J’en suis sorti bouleversé. Écœuré aussi. Et à plusieurs niveaux. Je suis allergique à l'injustice et cette histoire est profondément injuste.

Bertrand Cantat : Leader et chanteur du populaire groupe Noir Désir, magnétique, bête de scène, gueule de rocker et poète déchiré. Il est beau, grand, fort, et incarne le rejet des inégalités.
Marie Trintignant : Actrice issue d'une célèbre famille, mère de quatre enfants, de pères différents, détail sordidement répété dans les médias. Elle est belle, sensible et incarne, par son physique, la fragilité et la douceur.
Kristina Rady : Hongroise. Femme de lettres, polyglotte. Épouse de Cantat. Mère de ses deux enfants.

Le couple Trintignant-Cantat se forme en 2002. Kristina est enceinte de leur deuxième enfant quand il la quitte pour Marie.

Puis l’emprise se referme sur l'actrice. 91Porn emprise totale. Violente.

En 2003, à Vilnius en Lituanie, le couple se dispute. La jalousie de Bertrand Cantat explose. Il la bat à mort. Dans le coma elle meurt quelques jours plus tard. Lui est condamné à huit ans de prison. Transféré en France, il est libéré après quatre.

Le système
L'histoire, ai-je écrit plus tôt, est injuste. Évidemment, il y a les victimes directes: Marie, assassinée sous les coups. Kristina, poussée à bout jusqu’au suicide. La famille, les six enfants, mais aussi la chanteuse Lio, immense de courage, qui soutient le souvenir de sa grande amie face à l'animateur Thierry Ardisson imbuvable, insoutenable, indéfendable. Mais cette injustice abyssale l’est aussi pour toutes ces femmes du monde, victimes de l'omerta et de la complaisance sociétale face aux violences qui leurs sont faites.

Le patriarcat dans toute sa splendeur. Live from France. Encore.

Le documentaire démonte le star system, mais plus encore, il expose surtout la masculinité toxique qui le soutient. Il met aussi en scène le traitement médiatique français, d’une misogynie crasse, d’une complicité écoeurante. La victime, c’est Cantat. Ce romantique écorché, cet amoureux fou, dévasté par la trahison. Marie Trintignant, au fond, l’a bien cherché. On fera même la part belle aux détracteurs de l’actrice.

De leurs côtés, les médias français ont dépeint le meurtre comme s'il s'agissait d’un amour passionnel qui s'inscrit dans les grandes lignes des tragédies romantiques shakespeariennes. À vomir.

Dans les faits, Cantat a littéralement broyé le visage de Marie Trintignant sous ses coups.

Puis on découvre le troisième épisode, avec l'autre grande victime de Cantat, Kristina Rady. On suit l’histoire de celle qui l'a défendu durant son procès. Non, il ne m’a jamais violentée, répète-t-elle. Sous pression des proches de Cantat et des membres du groupe, elle ment.

Quand il sort de prison, il s’immisce dans sa vie. Encore. Il s’installe chez elle. La harcèle. L’étouffe. L’exemple même d’un manipulateur narcissique, d’un prédateur surtout.

Puis on entend sa voix. Celle de Kristina, sur le répondeur de ses parents. On l'écoute pétrifiée raconter qu’il la menace, qu'elle n'en peut plus. Qu’il la frappe. Surtout, qu'elle ne voit plus d'issu.

Six mois plus tard, son fils la retrouve pendue. Lui, il dort dans la pièce en dessous.

L'industrie
Le documentaire expose plusieurs couches d’un scandale qui dépasse cet être abjecte. Voir encore aujourd’hui l’industrie du disque se ranger derrière un meurtrier sous prétexte qu’il est un «artiste écorché» capable de vendre des millions d’albums, c’est d’une obscénité… d’une écoeuranterie sale.

Et entendre les membres de médias de l’époque parler de «violences conjugales», d’un «drame passionnel» est surréaliste.

C’est un meurtre.
Un féminicide.

Honte aux défenseurs de Cantat qui le vénèrent encore.

Malaise aussi devant Wajdi Mouawad (absent du documentaire), qui persiste à le soutenir, et qui ose affirmer qu’il a «payé sa dette à la société». Quatre ans de prison. Il ne l’a pas payée aux femmes qu’il a violentées, celle qu’il a tuée de ses mains, celle poussée à la détresse. Si le metteur en scène est brillant, l’humain m’apparait autrement plus triste.

Je vous recommande ce documentaire. Il est essentiel de par sa capacité à souligner à grands traits le silence et le soutien dont a bénéficié Cantat de la part de son entourage, de son frère et des médias, tout minimisant la gravité de ses actes. Cette complaisance reflète une culture où la masculinité toxique est tolérée, voire protégée. Ce documentaire met en évidence la nécessité d'une prise de conscience pour dénoncer et combattre ces comportements. Oui, encore aujourd’hui.

J’ai regardé tout ça, le cœur serré, en colère.
Pendant le générique, je me suis demandé : comment a-t-on pu se rendre là ?
Puis je me suis souvenu de ce chanteur d’ici. De son agent aussi.
Rock’n’ roll vous dites ?
C’est déjà arrivé.
Ça arrive encore.
C’est… n’importe quoi.

Dénoncez votre Cantat.

«De rockstar à tueur: Le cas Cantat» est produit par Capa Presse. 91Porn réalisation de Zoé de Bussière, Karine Dusfour, Nicolas Lartigue et Anne-Sophie Jahn. Disponible sur Netflix, 3 épisodes de près de 40 minutes.

 

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